Kart2Craft ou comment développer l’agilité professionnelle des jeunes décrocheurs

Cette semaine, nous avons rencontré Isabelle Bapteste, pétillante et énergique coworkeuse à L'Archipel. Elle nous parle de son parcours, de ses valeurs et du projet Kart2Craft sur lequel elle travaille en ce moment dans notre espace de coworking...

isabelle bapteste

  • Salut Isabelle. Présente-nous ton projet !

 

Je suis entrepreneuse au sein d'Artefacts, une coopérative d’activité et d’emploi spécialisée dans le numérique au service de l’innovation sociale et des arts. L’an passé, pour créer du lien avec les habitants, deux entrepreneurs de la coop ont modélisé une partie du quartier dans SuperTuxKart (équivalent open source de Mario Kart) et ils ont projeté le jeu sur une façade d’immeuble. Ca a été un succès. Du coup, ils sont allés plus loin en faisant participer les jeunes aux étapes de conception du circuit. Et ils se sont rendu compte que ça permettait de les sensibiliser à de nombreux enjeux : fracture numérique, accessibilité, infrastructures publiques, mobilité etc.

 

Aujourd’hui, avec Kart2Craft, le circuit agile de la 2ème chance, j’approfondis ces premières expérimentations sur l’enjeu de l’insertion professionnelle avec l’Ecole de la 2ème chance d’Argenteuil et Silicon Banlieue. Le but est de développer un programme complet visant à renforcer l’agilité professionnelle des décrocheurs en s’appuyant sur les outils, pratiques et valeurs du monde des logiciels libres.

  • Quel est ton parcours ?

 

Prépa à la Catho, Sciences Po Toulouse, une année de césure au Népal et DESS de Sociologie du Développement à la Sorbonne, j’ai commencé à travailler à l’Ecole Polytechnique où j’ai d’abord développé des sites web et la première plate-forme e-learning. J’ai ensuite monté le programme d’égalité des chances « Une grande Ecole, pourquoi pas moi ? » et quelques années plus tard, j’ai rejoint à l’ESSEC, l’équipe qui l’avait inventé. Au sein de l’Institut de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat Social, j’étais en charge des innovations pédagogiques : design de nouvelles modalités pédagogiques associant développement des soft skills, connaissances théoriques via l’ancêtre des MOOC et expérience terrain aux côtés de salariés en insertion. J’ai également accompagné des créateurs au sein d’Antropia et de la Global Social Venture Competition.  Et depuis 3 ans, j’accompagne des structures dans leurs innovations pédagogiques (Ecole des Mines, Faculté de médecine de Paris 7, Licence Villebon Charpak, Association Enquête, Synlab, Arborescences, Ecole Doctorale de Créteil Marne-La-Vallée…) et convaincue que l’agilité est une aptitude décisive dans un monde complexe et instable, je développe Kart2Craft.

 

  • Quels sont les objectifs de ton projet ? Comment envisages-tu l’avenir ?

 

K2C vise le développement de l’agilité professionnelle des jeunes décrocheurs,  en répondant aux besoins de deux autres parties prenantes : les acteurs du logiciel libre et les entreprises. Les libristes initient à leurs pratiques, outils et valeurs  les jeunes qui renforcent leur agilité professionnelle (auto-didaxie, intelligence collective, valorisation des compétences via un portefeuille projet plutôt qu’un diplôme…) et les entreprises qui s’émancipent des logiciels propriétaires. Les entreprises mettent en œuvre de façon concrète leur RSE, en plus d’obtenir in fine une modélisation de leur quartier qui, au-delà de l’aspect ludique servant leur attractivité, peut les aider à simuler des services. A terme, tous les acteurs, sur n’importe quel territoire, pourront s’approprier le dispositif, le réadapter  à leur contexte puisque tout est open source.

 

  • Qu’est-ce qui t’a poussée à te lancer dans l’ESS ?

 

J’ai 4 motivations principales qui guident mes actions : apprendre, créer, partager et être utile. Disons qu’entreprendre dans le cadre de l’ESS me permet d’englober toutes ces dimensions.

 

  • Pourquoi avoir intégré l’équipe des coworkers de L’Archipel ?

 

Le projet de L’Archipel est ambitieux, inédit et surtout en phase d’émergence. Toute l’histoire est à écrire. De quoi faire vivre mes besoins de créativité, de partage, d’utilité et d’apprentissage ! Et le toit de L’Archipel abrite des populations qui n’ont que rarement l’occasion de se croiser. La cohésion fondée sur une vraie mixité est un défi complexe. J’ai vraiment envie de me dire que j’aurais, moi aussi, contribué à le relever. Dans l’entrepreneuriat, l’objectif de performance nous empêche souvent de jouer vraiment le jeu de la co-construction. L’Archipel nous offre l’opportunité inouïe de prendre ce temps…

 

  • Tu as accueilli des doctorants en séminaire récemment. Tu peux nous en parler ?

 

J’ai eu le plaisir d’animer une formation sur l’entrepreneuriat responsable pour un groupe de doctorants de l’université de Marne-La-Vallée et la grande chance d’être accueillie par L’Archipel pour réfléchir avec les étudiants sur le positionnement de l’espace de co-working. Avant leur arrivée au 26 bis rue de Saint-Pétersbourg, aucun n’avait entendu parler du terme « entrepreneuriat social ». En 4 jours, le but était donc de leur ouvrir de nouvelles perspectives entrepreneuriales, de les sensibiliser aux enjeux de la création par des témoignages de co-workers notamment, de leur présenter l’éco-système, de les initier aux logiques des business models hybrides… Ils sont repartis riches d’un horizon insoupçonné convaincus de l’intelligence collective qui est en marche au sein de l’Archipel. A titre personnel, j’étais heureuse d’avoir touché un public universitaire. L’information concernant l’ESS reste encore trop cantonnée aux grandes écoles… paradoxal, non ?

 

  • En une phrase, la communauté de L'Archipel c'est quoi ?

 

Ne pas réduire ses ambitions à des principes…

1 Comment

  • Kart2Craft ou comment développer l'agili...

    06.05.2015 at 13:10 Répondre

    […] une coopérative d’activité et d’emploi spécialisée dans le numérique au service de l’innovation sociale et des arts. L’an passé, pour créer du lien avec les habitants, deux entrepreneurs de la coop ont modélisé une partie du quartier dans SuperTuxKart (équivalent open source de Mario Kart) et ils ont projeté le jeu sur une façade d’immeuble. Ca a été un succès. Du coup, ils sont allés plus loin en faisant participer les jeunes aux étapes de conception du circuit. Et ils se sont rendu compte que ça permettait de les sensibiliser à de nombreux enjeux : fracture numérique, accessibilité, infrastructures publiques, mobilité etc. Aujourd’hui, avec Kart2Craft, le circuit agile de la 2ème chance, j’approfondis ces premières expérimentations sur l’enjeu de l’insertion professionnelle avec l’Ecole de la 2ème chance d’Argenteuil et Silicon Banlieue. Le but est de développer un programme complet visant à renforcer l’agilité professionnelle des décrocheurs en s’appuyant sur les outils, pratiques et valeurs du monde des logiciels libres.  […]

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